Pêche sportive en apnée : La mal-aimée.. et pourtant !

16 octobre 2018

On a interrogé pour vous le Président de la section, Eric Passolunghi nous fait partager sa passion…

Eric Passolunghi s’est prêté au jeu de l’interview, 2 heures d’échanges sur sa passion de la mer, son respect de la faune et la flore aquatique, ce dépassement de soi si jouissif. « Cette activité dont on se lasse jamais… » Il s’est confié à nous…

Comment présenteriez-vous la pêche sportive en apnée ?

La pêche sportive en apnée est avant tout le partage entre passionnés et amoureux de la mer, mais aussi un dépassement de soi. La pêche du poisson n’est pas une fin en soi mais la conclusion à une longue et fastidieuse pratique sportive. Au final, nous ne pêchons que très peu de poissons. En moyenne, pour une sortie de 3 heures, dite réussie, on compte deux poissons par chasseurs.

Cette pêche est sélective, à la différence d’autres modes de pêche, il n’y a pas de gaspillage et n’a pas de vocation lucrative (à l’issue de la compétition, les poissons pêchés sont donnés à une association). Elle est soumise à des critères très stricts, on ne peut pas pêcher n’importe quel poisson, n’importe quand… Le poids, la taille, l’espèce tolérés par la réglementation doivent être connus de chacun d’entre nous… La protection de la faune et de la flore est notre priorité. Nous respectons les périodes de reproduction, les interdictions de pêcher certains poissons protégés…

La pêche sportive en apnée est une véritable rencontre avec les fonds marins, telle « une invitation au voyage » à chaque plongée, mais aussi un jeu de cache-cache avec le poisson curieux.

Pour anecdote, le denti (photo ci-contre) est un poisson territorial très convoité, appelé le « tueur des pêcheurs sous-marin », il s’approche puis s’éloigne… Il rentre dans un jeu de va-et-vient, certains chasseurs peuvent se laisser surprendre… s’obstinant à l’attendre, d’où en découle parfois de graves conséquences.

Le plus gros poisson en méditerranée pêché est la sériole qui peut approcher les 1m60 et 40 kg, le plus petit est le rouget barbet dont la taille légale péché en loisir est de 15 cm.

Comment se préparer à la compétition ? (Entraînement, alimentation, préparation physique et mentale spécifiques ?)

Il n’y a pas de régime alimentaire à proprement parlé, mais une hygiène de vie rigoureuse. De plus, en amont d’une compétition, l’apport de glucides complexes comme les féculents semblent un atout majeur. Il est important que l’estomac ne soit pas trop lourd. Une pression s’exerce sur les organes dûe à la profondeur.

Une préparation physique et mentale est primordiale. L’apnée s’acquière par l’apnée ! Pour optimiser son apnée, il faut s’entraîner et faire de l’apnée ! (rires)

Bien sûr, la pêche sportive en apnée est contre-indiquée aux personnes souffrant de troubles cardiaques, pulmonaires, de l’équilibre, ou de pathologies ORL…

Concernant le mental, il faut apprendre à se détendre, se connaître, appréhender la notion des profondeurs des mers… Il faut se confronter régulièrement à la mer, comme un musicien, « il faut faire ses gammes » dixit Pierre Mahieu, pêcheur du club, champion de France et champion de la Côte d’Azur en individuel 2018.

Quelles sont les notions techniques à appréhender pour la pratique ?

L’apnée ! connaître les différentes techniques pour gérer la pression de l’air, de l’eau…
L’apnéiste remplit d’air ses poumons avant de plonger et crée « la cassure » appelée aussi la technique du canard pour pénétrer l’eau. Une technique qui se travaille également !

Le pêcheur doit savoir compenser pour gérer la pression engendrée par la profondeur.

Le tir est un élément essentiel qui demande de la précision, une maîtrise de soi, et une connaissance quasi-parfaite du milieu. Il dépend de différents facteurs extérieurs comme la grosseur du poisson, la distance ou encore de la technique de chasse choisie.

En pêche sportive en apnée, il y a 4 techniques de chasse : l’agachon, celle que je pratique, qui consiste à se cacher, en restant toujours au même endroit et attendre le poisson.

La pêche à trous, plus difficile, demande d’être en mouvement, de se déplacer pour atteindre le poisson qui se cache dans un trou. La pêche à l’indienne se définit par un déplacement silencieux tout en se dissimulant derrière un relief marin.

Ensuite, la chasse à la coulée, « c’est l’art de l’approche discrète. Le corps quasi immobile, le chasseur se laisse couler vers l’endroit ou le poisson qu’il convoite, corrigeant sa trajectoire par de très imperceptibles mouvements« . Enfin, la chasse à trou est la technique la plus répandue avec l’agachon. (..) une posture très classique, la tête en bas permettant de visiter les anfractuosités étroites. (Définitions complétées, source FNPSA)

Concrètement, quelles sont les différentes étapes de l’activité ?

En tout premier lieu,

  • Je choisis la profondeur où je souhaite pêcher,
  • Je prépare mon lest (ceinture de plomb par exemple) en fonction du choix de la profondeur,
  • Je choisis ma technique de chasse qui va dépendre également des conditions environnementales (visibilité).
  • Il faut acquérir une bonne connaissance du milieu pour un bon placement, le chasseur doit être face au courant, il faut savoir que le poisson remonte toujours dans le sens du courant.
  • Ensuite, il s’agit de maîtriser sa descente, son action de pêche… et sa remontée !

Qu’est-ce qu’un bon pêcheur ?

« Un bon chasseur sous-marin est un vieux pêcheur… »

Avoir une bonne aisance dans le milieu aquatique (savoir se déplacer sans trop d’efforts), se connaître parfaitement (connaître ses limites) sont deux points importants pour la pratique de ce sport.

Un bon pêcheur en apnée est capable de réaliser une quinzaine de plongées par heure, pour une profondeur de 20 m, le rythme soutenu de ces dernières est approximativement de 2 mn d’apnée (descente et remontée) et autant de repos. Au-delà de 30 m, la récupération va être plus longue, 2 mn d’apnée et 8 mn de repos, tout devient compliqué à cette profondeur, on doit tout réadapter, la pression est différente.

Cette activité est exigeante, ceux qui perdurent sont de vrais passionnés du monde marin. Elle a évolué au cours de ces dernières années, la capture n’est plus une priorité.

La pêche sportive en apnée peut-elle dangereuse ?

Comme toute activité, il y a des précautions à prendre. D’autant que celle-ci se réalise dans un milieu naturel qui n’est pas le nôtre. Il s’agit de ne pas pratiquer dans des conditions extrêmes (courant, mauvais temps). Ainsi, de nombreux paramètres doivent être pris en compte avant une sortie, son état de forme physique et mentale du moment, la météo…
Il est primordial de sortir toujours en duo.

Apnée, pressions, quèsaco ?

L’apnée en pêche sportive se définit par le fait de retenir volontairement son souffle.
La syncope (perte de connaissance) est par excellence – l’accident du chasseur sous marin ou de l’apnéiste – les apnéistes l’appellent aussi le « rendez-vous des 7 mètres ». Il faut être vigilant.

Une anecdote à nous raconter ?

Une frayeur oui, ma rencontre avec un poisson lune dont l’œil approche les 10 cm de diamètre, de couleurs noir d’un côté et blanc de l’autre, il a une nageoire comparable à un requin.. Certes inoffensif, il fait son effet !

Que doit-on prévoir pour la pratique ?

Un tuba, un masque, des palmes et une combinaison pour l’équipement.
Le fusil et flèches pour le matériel.

L’activité est-elle praticable toute l’année ?

Le département des Alpes-Maritimes autorise à pêcher du 1er novembre au 1er mars les samedis/dimanches et jours fériés, tous les jours le reste de l’année.

Quel est le coût de la pratique ?

La pratique est gratuite. Mais il faut anticiper le coût de l’équipement complet : à partir de 200€ et une licence fédérale (souscrire à une assurance obligatoire) : à partir de 50€.

Quels conseils donneriez-vous à une personne souhaitant s’initier à la pratique ?

En tout premier lieu, se rapprocher d’un club et de personnes d’expérience.
• Ne jamais chasser seul,
• Avoir une (assez) bonne préparation physique,

Dans un second temps,
• Acquérir les [ Lien ] notions de sécurité (toujours prévoir la bouée de signalisation) et réflexes d’urgence (ne jamais sous-estimer les dangers de la mer, météo…)
• S’imprégner de l’éthique du pêcheur en apnée, [ Lien ] le code moral
• Respecter les tailles de poissons autorisées à chasser,
• Respecter la période de reproduction des espèces,
• Ne pas chasser les espèces protégées (Mérou Brun, la Grande Cigale…)

Les erreurs à éviter pour une personne novice ?

Un facteur fondamental est l’équilibrage du lest : ne pas être trop plombé.
Ne pas tirer de trop petits poissons et respecter le cycle de reproduction, visible grâce à la taille du poisson.
Ne pas tirer sur le poisson si on n’est pas sûr de le ramener,
Ne pas surestimer ses capacités physiques,
Ne pas regarder la surface en remontant, la position de la tête entraîne une diminution de l’afflux sanguin pouvant entraîner une syncope (évanouissement susceptible d’amener à la noyade).

La section Pêche sportive en apnée à l’ASPTT Nice Côte d’Azur

La section regroupe plus d’une vingtaine d’adhérents qui se réunissent tous les derniers vendredis du mois, et organisent des sorties club, le dimanche. Informations auprès d’Eric, le président au 06 20 63 18 23, e-mail : aspttnice.chassesousmarine@gmail.com

Propos recueillis par le service communication de l’ASPTT Nice Côte d’Azur / Photos : Eric Barnabé Photographie Côte d’Azur

Sources & liens utiles
fnpsa.net
www.futura-sciences.com