Athlétisme : notre athlète rend hommage aux sportifs disparus

12 mars 2015

Hommage de Guillaume, adhérent ASPTT Nice athlétisme

 Non, ce ne pouvaient être Camille, Alexis et Florence

Ce ne peut être toi, Camille. Pas toi Camille, pas toi qui, il y a de cela 3 semaines à peine sur la scène de l’Acropolis à l’occasion des Victoires du Sport de la ville de Nice, disait tout haut qu’après la natation, il y avait une vie. Et tu disais cela Camille, sans soupçonner – mais comment aurais-tu pu ? – que moins d’un mois plus tard tu périrais dans une tragique collision entre 2 hélicoptères, en Argentine, à l’occasion d’un tournage pour une émission de téléréalité. Non ce n’était pas toi Camille dans ce putain d’hélico.

Pas toi Camille.

Pas toi qui, du haut de l’insouciance de tes 15 ans, te permettait de battre l’immense Laure Manaudou.

Pas toi Camille, pas cette nageuse qui, aux Jeux Olympiques de Londres en 2012 a tout emporté sur son passage.

Pas cette nageuse qui, sous les ordres de Fabrice Pellerin et en compagnie de Yannick Agnel, Charlotte Bonnet et bien d’autres encore, faisait la fierté de la ville de Nice.

Pas toi qui, au retour de Londres, défilait du haut d’un bus à impériale, les cheveux au vent, sur la bien nommée Promenade des Anglais. Parce que ce que tu as fait à Londres était tellement énorme que la reine Elisabeth II aurait presque pu – presque dû – t’assujettir. Mais non, bien sûr que non que ce n’est pas toi, pas cette Camille remplie de volonté, qui chaque jour que le bon Dieu faisait, accomplissait ses longueurs de bassin, parfois sans beaucoup de plaisir, mais en se plaignant rarement.

Camille, ce n’était pas toi dans l’hélico, pas cette jeune femme de 25 ans (un quart de siècle seulement bonté divine) qui fourmillait de projets et qui surtout portait en elle le rêve de vivre une autre vie après celle, éclatante, dans l’eau. Camille, dis-moi que ce n’était pas toi qui est morte là-bas, dans la lointaine Argentine, pas cette fille pétillante, cette fille pétillante musclée comme le sont les nageuses de haut niveau, cette fille au caractère bien trempé qui répondait souvent d’un mot aux journalistes à la sortie du bassin, déjà concentrée qu’elle était sur le prochain plongeon dans la grande « lessiveuse ». Bien sûr que non ce n’était pas toi belle Camille. Ta voix, un peu garçonne sur les bords parce que grave et rauque mais au timbre agréable, ne peut pas se taire à tout jamais et ne plus s’exprimer qu’au travers de documents d’archive.

Tu n’as pas le droit Camille, pas le droit de ne nous laisser que des photos, des vidéos de tes exploits ; ce n’est pas suffisant Camille, je me permets de te le dire.

Il faut que tu reviennes Camille, fais comme tu veux, mais ressuscite. Et si tu ne le fais pas, crois-moi que j’aurai recours aux grands moyens Camille, je mandaterai Fabrice Pellerin, et si après ses injonctions à revenir parmi nous tu ne réapparais toujours pas, j’irai jusqu’à chercher Philippe Lucas. Et avec lui, je peux te dire que tu reviendras au triple galop, et ce même si l’équitation n’était pas ton dada.

Et voilà, quand tu auras ressuscité, j’irai trouver ce bon vieux Nelson Montfort, qui aussitôt te soumettra à une interview dont lui seul a le secret.

Ça donnerait à peu près ceci : « Bonjour chère Camille, vous voilà donc de retour, je voudrais vous exprimer, avec le concours de nos très chers téléspectateurs, notre immense soulagement après votre résurrection. Nous avons vraiment cru vous perdre, quelle frayeur vous nous avez faites, what a frayeur you gave to us ! Mais dites-moi Camille, quelles sont vos impressions suite à cette résurrection ? »

Bien sûr, laconique, tu répondrais peu ou prou ceci Camille : « Bah ça va ! ».

Bien sûr je rêve Camille, je sais que tu ne reviendras pas, et je suis sûr que si tu le pouvais, tu le ferais, non pour nager encore, mais pour voir d’autres horizons, ce que tu avais déjà commencé à faire en Argentine.

Je peux te l’avouer maintenant Camille – de toute façon con comme on l’est souvent on ne dit les choses qu’on pense vraiment qu’après la mort des gens – j’étais un peu amoureux de toi Camille (mais rassure-toi je suis souvent amoureux en secret de plusieurs filles en même temps ; enfin pas sûr que ça te rassure, mais toujours est-il que depuis le jour où je t’ai vu dans les pages de « L’Equipe Mag » déambulant dans ce Vieux Nice que tu aimais tant, j’étais un peu épris de toi). Je m’imaginais alors en ta compagnie. Nous nous serions perdus dans ce dédale de charmantes ruelles, pris au piège par tous ces hauts bâtiments aux chaudes couleurs du Sud. Nous aurions pris une glace chez Fenocchio, passage obligé mais incontournable. Et puis nous aurions fini notre course au bord de la mer, la regardant s’éteindre en même temps que décline le soleil, écoutant ses ressacs se faire de plus en plus discrets, jusqu’à ne plus ressembler qu’à un murmure, qui lui n’expirerait jamais, qui lui, aux premières lueurs du jour, reprendrait son tintamarre coutumier, souvent bien aidé par Eole.

Mais cela Camille, nous ne le ferons malheureusement jamais. Et pourquoi Camille ? Oui pourquoi ? Ne me dis pas que c’est de la faute d’un simple hélicoptère, ne me réponds pas ça, j’aurais peine à l’accepter, peine à le tolérer. Mais ce que j’éprouve Camille, depuis l’annonce de ta disparition, c’est justement de la peine, une peine qui ne s’explique pas, une peine qui n’a pas de mots, une peine des origines.

Nous ne nous connaissions pas Camille, mais ta médiatisation a fait que c’était comme si tu m’étais proche. En écrivant ces mots Camille, j’ai les larmes aux yeux.

Alors, une bonne fois pour toutes Camille, dis-le moi, dis-le moi que ce n’était pas toi dans cet hélico !

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Dois-je déduire de ce silence radio que c’était bien toi ? Alors repose en paix, repose en paix Camille, dans l’éternité de tes jeunes années. Un jour je te rejoindrai et nous irons régler son compte au destin, lui dire que ça commence à bien faire, qu’il y a des choses qui ne se font pas et qu’il se permet tout de même d’accomplir. Chien de destin !

Ce ne peut être toi, Alexis.

Pas toi Alexis, pas ce boxeur qui aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008 s’est fait voler une accession à la finale des super-légers (moins de 64 kg), à cause d’un arbitrage dont on apprendra bien plus tard, même si on s’en doutait, qu’il était corrompu jusqu’à la moelle.

Pas toi Alexis, pas ce boxeur qui a versé toutes ses larmes parce qu’on lui avait brisé son rêve olympique, le même que celui de Camille, à la différence près qu’elle a réussi à atteindre son Graal : l’or olympique.

Mais tu sais Alexis, tout le monde est convaincu que c’était toi le vainqueur de cette demi-finale et personne ne doute qu’avec l’abnégation qui te caractérisait, tu aurais remporté haut la main la finale. Et l’arbitre, ce même arbitre qui t’a volé, se serait saisi de ton bras et l’aurait levé bien haut sur le ring, comme un pied de nez au destin, ce chien de destin; faut-il le rappeler ?

Allons bon Alexis, 28 ans ce n’est pas un âge pour mourir, ce n’est pas sérieux. De toi, tout le monde s’accordait à dire que tu avais une gueule d’ange. Tes cheveux blonds et ton visage bien dessiné étaient pour beaucoup dans cette constatation. Clairement, tu étais un beau gosse. Mais pas que. Tu as prouvé que tu avais une véritable sensibilité, que l’injustice te faisait sortir de tes gonds, que dans la vie, la boxe mais sûrement aussi plein d’autres choses, te tenaient à cœur.

En pleurant à en former une mer, la même que celle que Camille regardait tous les jours à Nice, tu nous as montré que tu tenais à la vie, qu’elle était pour toi le bien le plus précieux en cela que tu ambitionnais d’y réaliser les plus grands exploits. Que d’heures tu as dû passer dans les salles de boxe, que de sueur tu as dû y déverser !

En revenant à Londres, 4 ans après le scandale pékinois, tu avais les plus hautes ambitions, tu t’étais entraîné encore plus dur, tu voulais gagner. L’or sinon rien ! Et voilà qu’en quarts de finale, l’arbitre t’a déclaré perdant, et une nouvelle fois c’était injuste. Quelques mois plus tard, et de cela je me souviendrai toute ma vie, tu t’es rendu sur le plateau de « Stade 2 » t’exprimer sur la corruption des arbitres dans le milieu de la boxe. Le reportage était édifiant, tes mots aussi.

Les dés étaient pipés. Tu partais perdant avant même le commencement de tes matchs. Et malgré cela, tu t’es battu avec acharnement, faisant honneur à la vie. Sois bien sûr Alexis que la légende du sport te rendra justice, qu’elle te fera encore plus honneur que si tu avais été déclaré vainqueur à Pékin et à Londres.

Les tricheurs ne gagneront pas Alexis, et sais-tu pourquoi ? Parce que s’ils peuvent faire illusion le court temps d’une vie, ils sont facilement démasqués sur le long chemin menant à l’éternité.

Ce ne peut être toi non plus, Florence.

Je dois t’avouer que j’étais un peu moins au fait de tes exploits par rapport à ceux de Camille et d’Alexis. Mais quand même, dans mon esprit ton nom était associé à celui d’autres Géant(e)s des Mers.

Tu étais une navigatrice hors-pair, ça je le savais bien. Je ne m’en rappelle plus précisément, mais je suis certain d’avoir déjà lu quelques-unes de tes interviews dans « L’Equipe ». Je sais par exemple que parmi tes faits d’armes figurait une victoire à la route du Rhum en 1990, l’année de ma naissance. Tu étais au firmament quand j’en étais encore à être aveuglé par les lueurs du jour. Oui c’est bien cela, tu étais une étoile. Une étoile des mers.

En plus de cela, et je dois t’avouer que je ne le savais pas ou alors ça a échappé à mon esprit, mais tu as également écrit 3 livres, dont les titres étaient « La fiancée de l’Atlantique », « l’Océane » et « Un vent de liberté ». Même si les titres ne font pas tout, ces trois-ci me donnent comme une envie de me plonger, non pas dans la mer, mais dans tes livres, dans lesquels l’esprit, en compagnie de tes mots, doit voguer paisiblement.

Que dire de plus Florence ? Que je regrette de ne pas, de ton vivant, m’être plus intéressé à tes exploits et plus largement, à ton cheminement de vie ? Que j’aurais aimé te rencontrer pour que la lumière qui émanait de toi guide mes pas ampoulés ? C’est l’évidence même.

Un jour tu verras Florence, tu viendras regarder la mer avec moi, et avec Camille et Alexis également, et elle sera calme, d’un calme plat, enfin.

Non, ce ne pouvaient être vous Camille, Alexis et Florence (sans oublier les membres du tournage de « Dropped ») dans ces hélicos de la mort. Ce ne pouvaient être vous, et pourtant c’étaient bel et bien vous. Comment est-ce possible ?

Guillaume Abry.

 

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